
CD Projekt Red ne cherche plus simplement à raconter une histoire dans l’univers de The Witcher – elle cherche à en faire un terrain de jeu permanent. La rumeur d’un RPG d’action co-op free-to-play sur PC et mobile, calé en 1230 et centré sur des sorceleurs créés par les joueurs, ne décrit pas une extension de l’expérience solo. Elle décrit un virage éditorial : après avoir redressé la barre avec Cyberpunk 2077, le studio passe à l’offensive sur le marché du live-service, avec une stratégie mobile clairement assumée via son partenariat avec Scopely. Ce qui retient l’attention du vétéran, ce n’est pas le lore – c’est le business model.
Placer l’action en 1230, durant les jeunes années de Geralt comme chasseur de monstres, n’est pas un choix anodin. Cette date situe le récit avant la saga littéraire, libérant CDPR de l’écharpe narrative de Ciri, de Yennefer et des intrigues nordiques. L’enjeu est clair : proposer une création de personnage complet – genre, apparence, école de sorceleur — sans craindre de heurter le canon. Les écoles, les Signes et les potions au cœur du combat servent de leurre savant : ils maintiennent l’identité Witcher tout en vendant un template. Le joueur n’incarne plus un protagoniste écrit, mais un avatar généré pour soutenir une économie de personnalisation. C’est habile. C’est aussi le signe que le studio veut la marque, pas la dette narrative qui l’accompagne.

Le partenariat avec Scopely, acteur mobile de premier plan, révèle la véritable cible. Le PC sert probablement de vitrine cross-play, mais le mobile est le marché. Dans cette configuration, le système de combat — basé sur le timing, les blocages, les esquives, les parades et les contre-attaques — doit servir une boucle de rétention, pas une campagne de soixante heures. L’ironie est salée : CDPR avait abandonné l’idée de multijoueur pour le premier Witcher en 2007 faute d’expérience technique. Aujourd’hui, le studio possède les ressources, mais il externalise l’âme de son produit à un éditeur free-to-play. La question n’est plus de savoir si CDPR sait faire du multi. C’est de savoir si l’ADN de The Witcher — isolement, gris moral, quêtes longues et touffues — survit à la structure des quêtes journalières et des passes de combat.
L’incertitude demeure quant au lien avec Project Sirius. CDPR a officialisé le recrutement de Kwan Perng comme scénariste principal sur Sirius, tandis que le studio de The Molasses Flood travaille sur la production. Si le RPG free-to-play et Sirius ne font qu’un, alors la feuille de route a radicalement changé de nature — passant d’un multijoueur narratif à un produit F2P mobile-first. S’ils sont distincts, cela signifie que CDPR parie sur plusieurs projets multijoueur Witcher simultanément, une dispersion qui rappelle d’autres studios ayant étiré leurs équipes jusqu’à la rupture. L’opacité arrange tout le monde : elle permet aux fans de projeter leurs espoirs sur deux noms de code, et à l’entreprise de tester les réactions sans engager sa crédibilité.
Premier point : le calendrier de communication de CDPR. Le studio devra clarifier si ce titre free-to-play et Sirius sont un seul et même objet avant que les investisseurs ne mélangent les deux feuilles de route. Deuxième point : la monétisation. La promesse de « sorceleurs créés par les joueurs » ouvre naturellement une économie cosmétique, mais si les écoles, les Signes ou les potions se retrouvent derrière des paywalls, la réaction des joueurs sera immédiate et violente. Troisième point : les consoles. La rumeur limite le projet à PC et mobile ; l’absence de PlayStation et Xbox confirmerait l’orientation mobile-first, tandis qu’une annonce console suggérerait des ambitions techniques plus lourdes. Enfin, observer les offres d’emploi chez The Molasses Flood et les déclarations du partenariat Scopely : ce sont là les seules traces tangibles avant une officialisation.
CD Projekt Red développerait un RPG Witcher co-op free-to-play pour PC et mobile, situé en 1230 et axé sur la création de sorceleurs personnalisés. Cette rumeur révèle surtout la stratégie live-service du studio, articulée autour d’un partenariat avec Scopely et d’un brouillage volontaire avec Project Sirius. Ce qu’il faut surveiller : l’officialisation du lien entre ce projet et Sirius, ainsi que la manière dont le free-to-play découpera les écoles, Signes et potions en contenu monétisable.
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