Remplacement par IA chez Warhorse, PS5 plus chère : ce que ça révèle vraiment

Remplacement par IA chez Warhorse, PS5 plus chère : ce que ça révèle vraiment

Dans la même semaine, un traducteur de Kingdom Come Deliverance II affirme avoir été remplacé par une IA générative. Et Sony confirme une nouvelle hausse mondiale du prix de la PS5. Deux histoires différentes, même vocabulaire de justification – « efficacité », « pressions économiques » – et un point commun très simple. Les développeurs et les joueurs ne profiteront pas des économies promises par la Tech et les restructurations…

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Points clés à retenir

  • Chez Warhorse Studios, un traducteur interne dit avoir été jugé « obsolète » et remplacé par l’IA pour toutes les futures traductions de Kingdom Come Deliverance II.
  • L’affaire tombe alors que le studio s’est fortement agrandi pour la suite, avec environ 250 employés et de nouveaux pipelines, selon un reportage d’Edge relayé par GamesRadar.
  • En parallèle, Sony augmente au 2 avril le prix de tous les modèles de PS5 et du PlayStation Portal, invoquant les « pressions » du contexte économique mondial.
  • Dans les deux cas, l’argument de l’« efficacité » sert à justifier une pression accrue sur le travail humain… sans baisse de prix ni amélioration évidente pour le joueur.

Kingdom Come 2 : quand la localisation devient « obsolète »

Sur le subreddit officiel de Kingdom Come Deliverance II, un message a mis le feu aux poudres : celui de Max Hejtmánek, traducteur et éditeur tchèque-vers-anglais au sein de Warhorse Studios. Les modérateurs ont vérifié son identité via LinkedIn, et GamesRadar comme Dexerto ont recoupé ses propos.

Hejtmánek raconte avoir été convoqué le 27 mars 2026 à une réunion surprise : « Hier, 27 mars 2026, sans aucun avertissement préalable, j’ai été invité à une réunion et immédiatement informé que, dans un effort pour “rendre l’entreprise plus efficace” et “économiser de l’argent”, à partir du mois prochain, mon poste deviendrait “obsolète” au profit de l’utilisation d’IA pour toutes les traductions à l’avenir. » Il dit avoir travaillé près de quatre ans sur KCD2, ses DLC et une partie du marketing.

Il ajoute se sentir « incroyablement trahi par la direction de l’entreprise à laquelle [il a] appris à tenir énormément » et insiste sur un point : il ne veut pas de harcèlement ni de review bombing à l’encontre du studio, seulement « informer davantage les gens sur ce qui se passe dans l’industrie derrière des portes closes ». Warhorse, de son côté, a été contacté par plusieurs médias mais n’a pas encore livré de version officielle.

Ce cas n’arrive pas dans le vide. D’après GamesRadar, Warhorse a vu ses moyens exploser entre le premier Kingdom Come et sa suite : rachat par Plaion (groupe Embracer), budget en hausse, et un effectif d’environ 250 personnes, soit une centaine de plus que sur le premier volet. Le lead designer Prokop Jirsa explique qu’avec KCD2, ils savaient « ce qui marchait, ce qui ne marchait pas » et que le jeu « devait se tenir plus haut » que l’original, s’appuyant sur de nouveaux pipelines plus “propres”.

Autrement dit : le studio grossit, la structure se professionnalise, la suite est plus ambitieuse… et c’est précisément le moment choisi pour déclarer qu’un traducteur chevronné est soudain « obsolète » car une IA générative fera le travail « plus efficacement ». Pour qui suit les vagues de restructurations chez Embracer depuis deux ans, ce n’est pas une surprise : après les fermetures de studios, voilà la phase suivante, moins spectaculaire mais tout aussi structurante, où des métiers « invisibles » sont les premiers sacrifiés sur l’autel de l’automatisation.

Screenshot from Kingdom Come: Deliverance II - Gallant Huntsman's Kit
Screenshot from Kingdom Come: Deliverance II – Gallant Huntsman’s Kit

La localisation, premier domino d’une automatisation à bas bruit

La tentation est claire : la localisation, c’est des millions de mots à traduire, souvent sous pression de temps, avec un retour financier difficile à isoler dans un tableau Excel. Pour un management obsédé par les coûts, remplacer une équipe interne par une IA + un peu de relecture externalisée ressemble à un “quick win”. Surtout sur un RPG historique verbeux comme Kingdom Come, où chaque écran est couvert de texte.

Le problème, c’est que ce qui est “invisible” quand c’est bien fait devient instantanément criant dès que ça déraille : termes incohérents, ton anachronique, dialogues qui sonnent faux. Sur un jeu qui revendique sa rigueur historique, une IA générative entraînée sur de l’anglais moderne générique risque de lisser tout ce qui fait la saveur d’un univers médiéval d’Europe centrale. On l’a déjà vu avec d’autres usages d’IA générative dans le développement : Crimson Desert et Clair Obscur: Expedition 33 ont dû s’expliquer après la découverte de contenus générés, en minimisant l’ampleur et en promettant un “remplacement” par des artistes humains.

La plupart des studios jurent aujourd’hui que l’IA n’est qu’un “assistant”, jamais un substitut. Ici, si le témoignage de Hejtmánek est exact, on franchit explicitement la ligne : l’humain sort du circuit, l’IA devient la nouvelle base. D’expérience, c’est rarement le dernier métier concerné. Historiquement, les premières coupes se font sur le QA, la localisation, le community management – tout ce qui ne se voit qu’en négatif quand ça manque, et qui est donc plus facile à sacrifier politiquement.

Cover art for Kingdom Come: Deliverance II - Gallant Huntsman's Kit
Cover art for Kingdom Come: Deliverance II – Gallant Huntsman’s Kit

La vraie question à poser au service communication de Warhorse serait donc très simple : si l’IA permet de “rendre l’entreprise plus efficace” et de “faire des économies”, quelle part de ces économies sera réinvestie dans de meilleurs salaires pour les équipes restantes ou dans un surcroît d’ambition pour le jeu – et quelle part ira simplement boucher les trous d’un business plan mal ficelé au niveau du groupe Embracer ?

PS5 plus chère partout : le joueur paye deux fois

Comme si cela ne suffisait pas, la même séquence d’actualité se termine côté console par une autre forme de “réajustement” : Sony augmente une nouvelle fois les prix de PS5 à partir du 2 avril. Les nouveaux tarifs annoncés pour l’Europe sont les suivants :

  • PS5 Slim avec lecteur : 649,99 € (contre environ 550 € auparavant)
  • PS5 Digital Edition : 599,99 €
  • PS5 Pro : 900 €, soit 100 € de plus que son prix de lancement autour de 800 €
  • PlayStation Portal : 249,99 € (au lieu de ~220 €)

Dans son message officiel, Sony évoque les « pressions continues dans le paysage économique mondial » et présente cette hausse comme « nécessaire pour continuer à offrir des expériences de jeu innovantes et de haute qualité ». On connaît la musique : la chaîne d’approvisionnement, la mémoire RAM, les taux de change… tout sauf la marge de la console elle-même.

On a déjà vu ce film-là. La PS3 avait souffert d’un lancement à un prix jugé délirant à l’époque ; Sony jurait avoir retenu la leçon avec la PS4. La génération PS5 raconte une autre histoire : une console sortie autour de 500 €, plusieurs ajustements à la hausse ensuite, et un modèle Pro flirtant désormais dangereusement avec la barre des 1 000 € une fois que l’on ajoute jeu, deuxième manette et, éventuellement, PS Plus. La perspective d’une PS6 à quatre chiffres n’a plus rien de farfelu.

Un même mot d’ordre : l’« efficacité », mais pour qui ?

Mis bout à bout, le licenciement d’un traducteur remplacé par une IA et la hausse des prix de la PS5 décrivent un même mouvement : optimiser, comprimer, rationaliser, au sommet de la chaîne de valeur comme à sa base. Le travail humain est poussé vers le bas (externalisation, automatisation, précarisation), tandis que le ticket d’entrée pour le joueur monte.

Pour un studio comme Warhorse, le signal envoyé est clair : même des postes très spécialisés, au cœur de l’ADN d’un RPG historique, ne sont plus à l’abri quand l’IA peut être invoquée comme argument magique. Pour un constructeur comme Sony, l’idée implicite est que la marque et l’écosystème sont suffisamment installés pour supporter une nouvelle hausse sans fuite massive de joueurs.

Ce qui manque encore, ce sont des garde-fous collectifs : des clauses sur l’usage de l’IA dans les contrats de travail et d’édition, des syndicats capables de négocier ces transitions, des joueurs qui regardent non seulement le produit final, mais aussi les conditions dans lesquelles il a été fabriqué. Parce que pour l’instant, la promesse de l’IA et de l’« efficacité » se traduit surtout par une facture plus salée et des humains en moins dans la boucle.

À surveiller dans les prochains mois

  • La réponse officielle de Warhorse : confirmation, démenti partiel, ou silence radio sur l’usage de l’IA pour KCD2.
  • La qualité de la localisation anglaise (et des autres langues) à la sortie de Kingdom Come Deliverance II : cohérence, ton, bugs de texte.
  • D’éventuelles initiatives de studios ou de plateformes pour encadrer l’IA dans la localisation et l’écriture.
  • L’impact réel de la hausse de prix de PS5 sur les ventes hardware et logicielles, surtout pour la PS5 Pro.
  • Si d’autres constructeurs suivent la même trajectoire tarifaire à l’approche de la prochaine génération.

En résumé

Un traducteur de Kingdom Come Deliverance II affirme avoir été licencié et remplacé par une IA générative, pendant que Sony augmente une nouvelle fois le prix de la PS5 et du PlayStation Portal. Ces deux mouvements illustrent la même logique : invoquer l’ »efficacité » et les « pressions économiques » pour automatiser des postes clés et renchérir l’accès au jeu. Le point à surveiller désormais, c’est si d’autres studios et constructeurs suivent ce modèle – et à quel moment salariés comme joueurs décident que la limite est atteinte.

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Lan Di
Publié le 30/03/2026Mis à jour le 31/03/2026
8 min de lecture
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