
Une action collective ne fera pas soudainement chuter les prix du PlayStation Store demain matin. En revanche, le ralliement de Stop Killing Games à la campagne néerlandaise Fair PlayStation pose une question que Sony préférerait garder dans le rayon des débats de forums : que vaut réellement un marché numérique lorsqu’une seule entreprise contrôle à la fois la machine, la boutique et l’accès à ses clients ?
Le terme « Sony Tax » est efficace politiquement, moins juridiquement. Les plaignants l’emploient pour désigner le surcoût qu’ils attribuent au contrôle exclusif de Sony sur la vente dématérialisée sur PlayStation. Leur argument : faute de boutiques concurrentes directement accessibles sur PS4 et PS5, Sony peut fixer les conditions commerciales de son PlayStation Store sans subir la pression qui existe dans la distribution physique.
La campagne Fair PlayStation avance que les jeux numériques coûteraient en moyenne environ 47 % de plus que leurs équivalents physiques aux Pays-Bas. Elle chiffre le préjudice potentiel à quelque 400 millions d’euros. Ce sont les montants et les accusations de la partie demanderesse, pas un constat judiciaire. Mais ils donnent la dimension réelle du dossier : il ne s’agit pas d’un différend sur quelques promotions absentes, mais d’une contestation du modèle de distribution fermé des consoles.
La question qu’il faudrait poser au service communication de Sony est donc très simple : si le numérique réduit les coûts de duplication, de logistique et de distribution, pourquoi le consommateur ne voit-il pas systématiquement cet avantage sur le prix final ? Sony pourra répondre, non sans fondement, que le prix d’un jeu dépend aussi des éditeurs, des taxes, des campagnes commerciales et de la valeur de l’écosystème. Mais cette défense ne répond pas complètement au problème structurel : sur console, l’éditeur qui veut atteindre le public PlayStation passe par Sony.

Ce soutien marque aussi un virage pour Stop Killing Games. Le mouvement s’était fait connaître en demandant que les éditeurs ne rendent pas définitivement injouables des titres dépendants de serveurs arrêtés. La Commission européenne a toutefois écarté, en juin 2026, l’idée d’une obligation légale générale et privilégié la piste d’un code de conduite volontaire d’ici la fin de l’année.
Le mouvement se retrouve donc sur un terrain plus familier pour le droit de la consommation : les prix, l’accès au marché et la réparation financière. Ce n’est pas exactement la même bataille que la préservation des jeux, mais le fil conducteur existe. Dans les deux cas, la contestation porte sur le pouvoir qu’accorde un écosystème fermé à son opérateur une fois que le joueur a abandonné le disque, la cartouche ou le serveur qu’il maîtrise lui-même.
Il faut néanmoins éviter le raccourci militant. Une commission de 30 % souvent associée aux vitrines numériques n’établit pas, à elle seule, un abus de position dominante. Le tribunal devra définir le marché pertinent, mesurer le pouvoir de Sony sur celui-ci, établir un effet défavorable pour les consommateurs et, surtout, relier ce préjudice aux pratiques contestées. C’est une démonstration économique autrement plus exigeante qu’un comparatif entre le prix d’une boîte en magasin et celui d’un téléchargement.

Le dossier prend une résonance particulière avec les informations selon lesquelles Sony prévoirait de cesser d’imprimer des jeux physiques à partir de janvier 2028. Si cette orientation se confirme, elle renforcera mécaniquement l’argument des plaignants : le disque reste aujourd’hui une forme de concurrence imparfaite, mais tangible, face au prix affiché sur une boutique propriétaire. Il permet aux revendeurs de rogner leurs marges, d’écouler des stocks ou de proposer de l’occasion. Un téléchargement lié à une seule vitrine ne le permet pas.
L’histoire de cette industrie montre que le passage de support n’est jamais neutre. Le CD-ROM avait déplacé une part du pouvoir vers les détenteurs de formats ; les boutiques en ligne l’ont déplacé vers les détenteurs de plateformes. La commodité du numérique est réelle, et les promotions du PlayStation Store peuvent être agressives. Mais une promotion ponctuelle ne remplace pas une concurrence durable entre canaux de vente.
Une première audience s’est tenue le 29 juin 2026 sur des questions préliminaires : compétence du tribunal, droit applicable et capacité de SM&C à représenter les consommateurs dans le cadre néerlandais WAMCA. C’est le premier verrou. Si la fondation échoue à le franchir, les promesses de remboursement resteront un slogan. Si elle le franchit, le débat entrera enfin dans le dur : prix pratiqués, rôle de Sony, alternatives disponibles et calcul du dommage.

Pour les joueurs néerlandais, l’issue la plus concrète serait une indemnisation liée aux achats éligibles depuis novembre 2013. La plus importante à long terme serait ailleurs : une pression réglementaire ou transactionnelle poussant Sony à revoir les conditions de distribution et de prix de son Store. C’est ce second scénario qui explique l’attention portée à l’affaire bien au-delà des Pays-Bas.
Stop Killing Games apporte son soutien à une action collective néerlandaise contre le contrôle exercé par Sony sur le PlayStation Store. L’affaire ne prouve encore ni une « taxe » illégale ni un droit au remboursement, mais elle attaque le point sensible du modèle console : l’absence de véritable choix de boutique. La décision sur la recevabilité de SM&C déterminera si les 1,7 million de joueurs potentiellement concernés obtiennent un procès sur le fond, plutôt qu’une nouvelle promesse de défense du consommateur sans effet concret.
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