
Ce qui m’a frappé dès la première demi-heure sur Planet of Lana II, ce n’est pas un grand moment de bravoure ou une fuite éperdue, mais l’inverse : le calme. Après la tension quasi continue du premier épisode, cette suite instaure d’emblée un tempo plus posé, presque contemplatif. On retrouve Lana, on retrouve Mui, mais on sent très vite que le studio Wishfully assume une aventure plus méthodique, centrée sur les puzzles et l’observation, moins sur l’urgence.
Après environ six heures de test – dont une bonne heure à mourir bêtement sur des pièges que je pensais avoir compris – le constat est clair : Planet of Lana II n’essaie pas de révolutionner quoi que ce soit. Il polit, il ajuste, il embellit. C’est une suite sûre de sa formule, courte, dense, qui prend le temps de raconter par les décors et les gestes plutôt que par les dialogues. Un pari maîtrisé, mais qui laissera forcément sur leur faim ceux qui attendaient un grand chamboule-tout.
Wishfully présente Planet of Lana II comme une histoire autonome. Techniquement, c’est vrai : le jeu s’ouvre sur un récapitulatif complet des événements du premier volet, avec montage des scènes clés et rappel du twist majeur. Sur le papier, un nouveau joueur peut suivre. Dans les faits, l’impact émotionnel n’a rien à voir avec celui d’un joueur qui a vécu ces événements manette en main.
Petit rappel sans trop détailler : les habitants de la planète sont les descendants d’un ancien vaisseau-colonie, et les robots « envahisseurs » du premier jeu n’étaient que des exécutants d’une programmation initiale. La fin du premier Planet of Lana révélait cette filiation et ouvrait la porte à une cohabitation forcée avec une technologie étrangère soudain rendue familière.
Dans Planet of Lana II, on est précisément après cette bascule. Les villages se parent de machines utilitaires, les habitants commencent à détourner cette technologie à leurs propres fins, parfois de manière douteuse. Lana, elle, est mue par une double quête : comprendre plus profondément l’origine de son peuple et de Mui, et trouver un remède pour un enfant malade. Ces enjeux fonctionnent sans avoir fini le premier jeu, mais toute la charge symbolique – robots devenus alliés potentiels, histoire coloniale, culpabilité diffuse – reste beaucoup plus forte si l’on arrive avec cette mémoire-là.
En clair : oui, on peut commencer par Planet of Lana II, mais je ne le recommande pas. On perd une partie de la résonance du voyage, et une suite aussi courte devrait, à mon sens, capitaliser sur l’attachement déjà créé plutôt que servir de porte d’entrée.
Structurellement, on reste sur du très classique « cinématique plateformer » façon Inside ou Limbo : progression en 2D, écran après écran, avec un mélange de petites phases de plateforme, de séquences de discrétion et d’énigmes environnementales.
La grande différence par rapport à certains de ses voisins de genre, c’est que Planet of Lana II assume un rythme plus réfléchi que viscéral. Il y a bien des moments de tension – des robots qui balayent la zone avec des rayons de détection, des créatures hostiles à contourner au pixel près – mais l’essentiel du temps, on se retrouve à observer la scène quelques secondes pour comprendre la logique du puzzle avant d’agir.
Les énigmes reposent sur quelques piliers déjà présents dans le premier opus :
Ce qui maintient l’intérêt sur la courte durée du jeu, c’est que ces bases sont régulièrement combinées de manière un peu plus subtile au fil des chapitres. Vers la cinquième et surtout la septième section, on se retrouve avec de véritables séquences-puzzles qui feraient figure de mini boss fights dans un autre jeu : pas de barre de vie, mais une enchaînement d’actions à exécuter sans se tromper, sous la pression d’un ennemi implacable.

L’absence totale d’attaque directe de la part de Lana change aussi la lecture. On ne « gagne » jamais un affrontement en étant plus fort ou plus adroit en combat ; on s’en sort en comprenant mieux la situation, en détournant l’environnement et la logique des machines. C’est cohérent avec le ton pacifiste et mélancolique de l’univers, et ça distingue clairement Planet of Lana II d’un simple plateformer d’action.
Wishfully a tout de même élargi la palette de mouvements de Lana. Elle peut désormais effectuer un wall-jump sur certaines parois et glisser sous des obstacles ou dans des pentes. Sur le papier, on pourrait croire à un virage plus « action », plus orienté précision. Dans la pratique, ces ajouts servent surtout à enrichir la géométrie des puzzles.
Un exemple concret : vers le milieu du jeu, une séquence demande de profiter d’une pente pour glisser sous un faisceau de détection, enchaîner immédiatement avec un saut sur un mur, puis se hisser sur une plateforme juste hors de portée d’un robot. Ce n’est pas difficile en soi, mais la zone étant peu lisible au premier coup d’œil, on a tendance à tester plusieurs options avant de comprendre que le fameux slide n’est pas là pour faire joli, mais bien au cœur de la solution.
Les segments où l’on contrôle directement Mui, baptisés ici « Le voyage de Mui », sont beaucoup plus brefs mais très efficaces. On y voit le monde sous un autre angle, plus agile, plus vulnérable aussi – Mui n’a pas la même relation aux machines et à la faune. Ces interludes viennent casser le rythme juste ce qu’il faut, tout en approfondissant le mystère autour de cette créature, sans tomber dans la surexposition.
Si les animations sont fluides et les commandes simples sur le papier, l’apprentissage de Planet of Lana II m’a demandé plus de temps que prévu. Là où le premier jeu se laissait apprivoiser en quelques minutes, cette suite joue davantage sur des zones grises : jusqu’où s’étend réellement la hitbox d’un laser ? Quelle hauteur de relief bloque effectivement une ligne de vue ? À quel moment précis la glissade est-elle « active » ?
Le premier chapitre sert clairement de sas d’adaptation, sans être un tutoriel explicite. Après une dizaine de morts évitables – notamment sur une section où je pensais être à couvert derrière un élément de décor qui, manifestement, n’était pas considéré comme tel par le jeu – on commence à intégrer les règles implicites de cet univers. Une fois ce langage compris, la jouabilité devient beaucoup plus naturelle. Mais il y a, au départ, ce petit frottement qui peut surprendre dans un jeu par ailleurs très accessible.

Cette courbe de progression est d’autant plus visible que la durée de vie globale reste courte : comptez environ cinq heures pour voir le générique, un peu plus si vous prenez le temps de revisiter certains environnements ou si vous butez sur quelques énigmes. Du coup, le temps d’adaptation occupe une portion non négligeable de l’expérience totale. Sur dix, douze heures, on l’accepterait sans broncher ; sur cinq, on sent davantage la place qu’il prend.
Sur le plan visuel, Planet of Lana II est un petit bijou. Le premier épisode était déjà très soigné, mais la suite franchit un cap, notamment sur l’éclairage et la densité des décors. Revoir certains lieux déjà visités, transformés par l’introduction de la technologie robotique dans le quotidien des habitants, crée un sentiment de continuité rare pour ce type de production.
L’utilisation d’une langue fictive, déjà présentée par Wishfully comme un choix assumé, reste l’un des points forts de la mise en scène. Les personnages parlent, mais le joueur ne comprend pas leurs mots ; ce sont les gestes, les regards, la composition des plans et les détails du décor qui portent le sens. Quelques sous-titres apparaissent pour baliser certains points de scénario, mais l’essentiel de la narration passe par l’environnement et l’animation. C’est un langage que le studio maîtrise nettement mieux qu’à ses débuts, et qui donne parfois l’impression d’assister à un film d’animation interactif, sans jamais basculer dans la cinématique passive.
Côté plateformes, j’ai principalement joué sur Switch 2 en mode docké, avec quelques passages en portable, et vérifié une portion du début sur PS5. Sur Switch 2, l’image est nette, les couleurs explosent littéralement sur un écran OLED et, surtout, la fluidité reste exemplaire dans les passages plus chargés en effets de lumière. Le premier Planet of Lana pouvait montrer quelques signes de faiblesse sur certaines consoles dès que la scène s’animait un peu trop ; ici, la nouvelle génération de la machine de Nintendo encaisse sans broncher. Sur PS5, sans surprise, l’expérience est encore plus propre, mais l’écart n’est pas aussi massif qu’on pourrait l’imaginer sur un jeu à la direction artistique stylisée plus que photoréaliste.
Sur le fond, le scénario de Planet of Lana II reste volontairement simple : exploration du passé, conséquences sociales de la technologie, responsabilité collective, et relation presque symbiotique entre Lana et Mui. Là où certains jeux indépendants tombent dans l’ésotérisme gratuit, Wishfully garde ici une ligne lisible. Toutes les intentions ne sont pas explicitement expliquées, mais le joueur comprend les enjeux majeurs, les causes et les effets.
La fin, sans la dévoiler, n’est pas une conclusion définitive mais plutôt un palier. On obtient des réponses satisfaisantes aux questions immédiates – notamment autour de la quête de remède de Lana – mais plusieurs zones d’ombre demeurent, et le jeu s’autorise un cliffhanger qui annonce clairement une suite potentielle. Ce n’est pas frustrant, car l’arc de cette aventure-ci est bouclé, mais on sent que l’univers est pensé comme une trilogie ou une série de récits imbriqués plus longue que ces cinq maigres heures.
Avec l’expérience, on finit par reconnaître assez vite les suites qui ont peur de trahir leur public et celles qui osent prendre des risques. Planet of Lana II se situe clairement dans la première catégorie. Ce n’est pas un défaut en soi, mais il faut en être conscient au moment d’acheter :

Après avoir traversé des générations de plateformers, du temps de Another World et Flashback jusqu’aux productions indés d’aujourd’hui, je mesure ce qu’un studio comme Wishfully a accompli : en deux jeux, il a construit un univers immédiatement reconnaissable, avec un ton, une esthétique et un rythme à part. Mais avec cette suite très sage, je ne peux m’empêcher de me demander jusqu’où ils oseront aller sur un troisième opus. La base est solide ; il manque encore le coup d’éclat mécanique ou narratif qui ferait entrer la série dans une autre catégorie.
Si vous avez aimé le premier Planet of Lana, que vous en gardez surtout le souvenir des paysages, de la relation avec Mui et des énigmes tranquilles mais malines, cette suite est pratiquement un achat évident. Elle raffine tout ce qui fonctionnait déjà, n’abuse pas de votre temps et se termine avant de devenir redondante.
Si, au contraire, vous attendiez de ce deuxième épisode un grand bond en avant en matière de variété de gameplay, de durée de vie ou de prise de risque structurelle, vous risquez de rester à la porte. Le jeu coûte objectivement quelques soirs tout au plus, et ne cherche jamais à être plus que ce qu’il est : une belle parenthèse, maîtrisée et mesurée.
Enfin, pour celles et ceux qui n’ont jamais touché à la série, je conseillerais toujours de commencer par le premier. Non pas parce que le récapitulatif de Planet of Lana II est mauvais – il fait le job – mais parce que le voyage de Lana et Mui mérite d’être vécu dans l’ordre, avec la montée progressive des enjeux et de l’attachement qui en découle. Sur PC, Xbox, PlayStation, Switch et Switch 2, l’accès ne manque pas.
Planet of Lana II est une de ces suites que l’on referme avec un sentiment paradoxal : satisfait par ce que l’on vient de jouer, un peu frustré par tout ce qui pourrait encore être exploré. Dans sa catégorie – celle des puzzle-aventures cinématiques courtes et soignées – il se place dans le haut du panier. Peu de jeux parviennent à raconter autant avec aussi peu de mots, tout en restant lisibles, touchants et ludiquement cohérents.
En même temps, après deux épisodes aussi proches, la formule commence à montrer ses limites. On sent que Wishfully maîtrise son outil, mais il est temps, pour un hypothétique Planet of Lana III, de bousculer davantage le cadre : jouer plus fort avec la verticalité, oser des branches de solutions plus ouvertes, explorer le système de robots au-delà du simple statut de leviers de puzzle.
Pris pour ce qu’il est aujourd’hui, sur Switch, Switch 2, PlayStation, Xbox et PC, Planet of Lana II reste un très beau voyage, condensé, presque luxueux dans sa mise en scène, qui respecte votre temps et votre intelligence. À condition d’accepter cette brièveté et une courte phase d’apprivoisement des commandes, vous y trouverez cinq heures d’aventure délicate dont certains tableaux resteront en mémoire longtemps après avoir posé la manette.
Note Actu-jeux.com : 8/10
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