
Le démenti de Thomas Mahler ne ferme pas seulement la porte aux rumeurs d’Ori 3 qui circulaient avant la gamescom 2026 : il rappelle surtout que l’avenir de la série ne dépend pas uniquement de l’envie de Moon Studios. Le 24 août, le cofondateur du studio et directeur des deux premiers épisodes a qualifié ces bruits de couloir de « bêtises », ajoutant n’avoir « rien entendu » sur un troisième jeu. Dans une industrie où une licence peut survivre à son créateur, cette nuance compte davantage que le feu d’artifice habituel des fuites d’avant-salon.
Une nouvelle aventure d’Ori n’aurait rien d’absurde sur le papier. Ori and the Blind Forest, sorti en 2015 sur Xbox One et PC Windows, puis Ori and the Will of the Wisps en 2020 sur Xbox One et PC avant une arrivée ultérieure sur Nintendo Switch, ont installé une identité rare dans l’écosystème Xbox : une plateforme d’action exigeante, somptueusement animée et portée par la musique immédiatement reconnaissable de Gareth Coker.
C’est précisément pour cela que la rumeur a trouvé un public. Le problème n’était pas de croire qu’Ori puisse revenir un jour ; le problème était de présenter ce retour comme presque acté, presque visible, presque déjà rangé dans un planning de salon. Or c’est ce point précis que Mahler a balayé. Il ne s’est pas réfugié derrière la formule commode du « nous ne commentons pas les spéculations » : il a affirmé que les rumeurs d’Ori 3 étaient des « bêtises » et qu’il n’avait connaissance d’aucun projet de ce type.
La proximité avec la gamescom 2026 rend sa prise de parole particulièrement importante. Dans les jours qui précèdent un grand salon, chaque image floue, chaque message ambigu et chaque théorie de fans prend artificiellement de la valeur. Le calendrier encourage la dramatisation. Le démenti de Mahler ne dit pas ce que Microsoft fera un jour avec la licence ; il dit quelque chose de beaucoup plus utile pour le présent : les spéculations sur un reveal Xbox dans l’immédiat ne reposaient sur rien qu’il reconnaisse comme réel.
Ce genre de clarification mérite d’être pris au sérieux. Mahler a expliqué n’avoir rien entendu de concret, tout en rappelant que Moon travaille toujours avec Microsoft. Il ne s’agit donc pas d’un créateur totalement extérieur à la situation, condamné à regarder de loin l’exploitation de sa propre série. À quelques jours de la gamescom, c’est cette précision qui remet de l’ordre : l’emballement existait, pas l’assise solide qui lui donnait sa crédibilité.
La question inconfortable, celle qu’un service communication préférerait souvent contourner, est simple : que vaut une suite d’Ori si elle est séparée de l’équipe qui en a défini le langage ? Microsoft détient la licence, et peut donc décider de son avenir éditorial. C’est le vrai verrou du dossier. Une suite potentielle ne dépend pas seulement d’une inspiration soudaine chez Moon Studios, mais d’un cadre de propriété beaucoup plus classique : qui possède l’IP, qui la finance, et qui choisit à qui la confier.
Mahler, lui, a été limpide sur un autre point : selon lui, seul Moon devrait s’occuper d’un nouvel Ori. Il a aussi évoqué des discussions internes autour d’un possible rachat de la propriété intellectuelle à Microsoft. Là encore, il faut garder le sens des proportions. Ce n’est ni une transaction annoncée, ni une feuille de route, ni la preuve qu’un retour est enclenché. C’est le signe qu’au sein du studio, la question d’Ori n’a jamais été enterrée sur le plan créatif.

Sa comparaison avec Halo éclaire assez bien sa position. Mahler a cité les milliards investis autour de 343 Industries sans retrouver, selon lui, « l’ancienne magie ». La formule est évidemment intéressée : un créateur qui défend sa série défend aussi sa propre légitimité. Mais l’idée de fond n’a rien d’absurde. L’industrie confond souvent possession d’une marque et maîtrise de son ADN. Une licence se transfère. Un sens du mouvement, une cadence d’animation, une manière très précise de marier musique, level design et émotion se transfèrent beaucoup moins facilement.
Autrement dit, si Microsoft souhaitait relancer Ori, le défi ne serait pas seulement de trouver un studio capable de produire un metroidvania — un jeu d’action et d’exploration construit autour de zones interconnectées et de capacités débloquées au fil de la progression. Le défi serait de justifier l’absence de Moon, ou d’obtenir son retour. C’est moins spectaculaire qu’une fuite de salon, mais infiniment plus concret.
C’est ici que la chronologie mérite d’être rappelée proprement. En avril 2024, Mahler disait déjà que Moon avait des idées pour un troisième Ori, tout en précisant que le studio était alors entièrement concentré sur No Rest for the Wicked. Cette déclaration n’était pas une promesse ; elle montrait simplement qu’un retour n’était pas exclu sur le plan créatif.
Le démenti du 24 août 2026 ne contredit pas cette position de fond. Il corrige autre chose : la prétention de certaines rumeurs à décrire un projet connu, avancé ou prêt à être montré. En clair, « nous avons des idées » ne veut pas dire « un jeu est en développement », et encore moins « une annonce est calée pour le prochain salon ». C’est précisément le genre de glissement que l’actualité gaming adore produire quand l’attente se mêle à la nostalgie.
Même l’anecdote liée à Gareth Coker va dans ce sens. Le compositeur, indissociable de l’identité sonore d’Ori, a travaillé sur la musique de No Rest for the Wicked, et Mahler a évoqué le fait qu’il l’avait interrogé sur la possibilité d’en faire un autre. Ce n’est pas une confirmation de projet ; c’est la preuve que l’idée d’un retour continue d’exister dans les conversations créatives, ce qui est très différent d’un développement acté.
Pour l’instant, le seul horizon tangible côté Moon s’appelle donc No Rest for the Wicked. Le RPG d’action du studio est entré en accès anticipé en 2024, et toute la communication récente de Mahler renvoie vers ce chantier-là, pas vers une résurrection d’Ori. C’est aussi pour cela que la fenêtre gamescom 2026 est pertinente dans cette histoire : beaucoup de fans cherchaient un signal sur Ori alors que Moon, lui, parle d’abord de son jeu actuel.

Mahler a indiqué que les prochaines nouvelles autour de No Rest for the Wicked devraient passer par Wicked Inside, le format maison du studio. Le message est moins flamboyant qu’une apparition sur scène, mais il a le mérite d’être net. Moon choisit son propre canal pour montrer ce qu’il veut montrer, quand il estime que cela vaut la peine d’être montré. Et aujourd’hui, ce programme concerne No Rest for the Wicked, pas un troisième Ori.
Cette précision évite aussi un raccourci facile : non, l’absence d’Ori ne signifie pas que Moon a secrètement déplacé ses ressources en coulisses. Le studio répète au contraire la même ligne depuis un moment. Il a un projet principal, une communication dédiée, et une priorité de production claire. Le reste relève, pour l’instant, du désir des joueurs plus que d’un calendrier officiel.
Trois choses départageront la curiosité légitime de la fiction collective. D’abord, une prise de parole officielle de Microsoft sur l’avenir d’Ori : elle seule pourrait transformer le sujet en dossier concret. Ensuite, l’évolution des discussions évoquées par Mahler autour d’un éventuel rachat de la licence par Moon Studios, même si rien n’indique aujourd’hui qu’un tel mouvement aboutira. Enfin, la trajectoire de No Rest for the Wicked, parce qu’elle conditionne tout simplement la disponibilité créative du studio.
En attendant, la règle est assez simple : il faut distinguer la possibilité d’un futur Ori de la réalité d’un projet en cours. La première existe dans les envies, les idées et la structure même de l’industrie. La seconde, après le démenti direct de Mahler, n’a pas reçu de base publique solide.
Thomas Mahler n’a pas seulement refroidi une rumeur : il a remis le débat au bon endroit. Aujourd’hui, il n’y a pas d’annonce confirmée autour d’Ori 3, tandis que Microsoft conserve la main sur la licence et que Moon Studios reste absorbé par No Rest for the Wicked. Pour les fans, le prochain signal utile ne sera pas un indice de pré-salon, mais une communication officielle qui dira enfin si l’avenir d’Ori relève d’un désir persistant ou d’un projet réel.
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