
La NeoGeo AES+ ne doit pas être jugée comme une petite console rétro de plus. Ce serait rater son sujet, et probablement tomber dans le piège commercial que SNK et Plaion Replai ont précisément choisi d’éviter. Annoncée le 16 avril 2026 pour une sortie le 12 novembre, cette réinterprétation moderne de la NeoGeo Advanced Entertainment System ne cherche pas à rendre la NeoGeo abordable. Elle remet en scène ce que la machine représentait en 1991 : un objet de luxe, matériel, volontairement excessif, destiné à ceux qui refusent de réduire l’arcade SNK à une compilation numérique dans un menu.
Je vais être clair : cette stratégie est plus cohérente que beaucoup ne veulent l’admettre. À condition que SNK ne fasse pas semblant de vendre une console pour tous. À 199,99 € pour le modèle Standard, 299,99 € pour l’édition Anniversary et 899,99 € pour l’Ultimate, la NeoGeo AES+ ne prétend pas rivaliser avec les machines rétro compactes, les services par abonnement ou les émulateurs installés en quelques minutes. Elle vend une autre chose : la restitution moderne d’un rapport physique aux jeux qui, pour une génération entière, était inaccessible.
Quand SNK a cessé de réserver son système Neo Geo aux exploitants de salles et a proposé l’AES à l’achat en 1991, l’entreprise n’a pas lancé une console familiale au sens où Nintendo et Sega l’entendaient. Elle a importé le prestige du MVS dans le salon. La promesse était simple, presque arrogante : avoir chez soi les jeux de l’arcade, avec leur puissance graphique, leurs énormes sprites, leurs voix digitalisées et leurs sticks massifs.
Le prix racontait déjà toute l’histoire. La NeoGeo AES coûtait environ 4 000 francs à son arrivée en France, soit autour de 1 000 € actuels une fois l’inflation prise en compte. Les cartouches dépassaient facilement 1 900 francs, l’équivalent de près de 500 € aujourd’hui. Ce n’était pas une console que l’on recevait machinalement à Noël avec trois jeux sous le bras. C’était un achat dont on parlait longtemps avant de le faire, parfois une machine que l’on admirait surtout en vitrine ou chez le copain dont les parents avaient un niveau de vie sensiblement supérieur.
La NeoGeo AES+ reprend cette logique sans la copier à la lettre. À 199,99 €, son tarif d’entrée reste très inférieur au coût historique de l’AES. Mais l’écosystème n’est pas celui d’une console d’accès. Les cartouches individuelles sont positionnées entre 80 et 90 €, avec une référence de 80 € par reproduction. C’est cher, et il faut le dire sans détour. Mais c’est cher de manière intelligible : SNK ne commercialise pas un catalogue dématérialisé à bas coût, elle revendique la cartouche, l’objet, le stockage physique et les accessoires dédiés.
Ce positionnement fera grincer des dents, particulièrement à une époque où une bibliothèque entière de classiques peut être consultée pour le prix d’un mois de service. Pourtant, le jeu vidéo a aussi besoin d’objets qui refusent l’uniformisation. On peut critiquer l’économie de la NeoGeo AES+, mais on ne peut pas lui reprocher de camoufler sa nature derrière un discours de démocratisation artificielle. Elle s’adresse aux collectionneurs, aux amateurs de versus fighting, aux joueurs qui veulent réellement manipuler une cartouche de Garou: Mark of the Wolves ou de The King of Fighters 2002, et aux nostalgiques assez exigeants pour ne pas confondre possession et accès temporaire.
La grande différence entre la AES+ et les dizaines de produits rétro apparus ces dernières années tient dans une formule : pas d’émulation logicielle. La console s’appuie sur des puces ASIC originales et lit des cartouches physiques. Ce choix n’est pas une décoration marketing. Il définit le produit. L’émulation est devenue excellente, souvent imperceptible pour la majorité des utilisateurs, mais elle reste une interprétation moderne d’un matériel ancien. SNK entend ici reconstruire le chemin matériel plutôt que le contourner.
J’ai connu les années où l’émulation était traitée comme une hérésie par les puristes, puis celles où elle est devenue la seule solution pratique pour préserver des catalogues que les éditeurs avaient abandonnés. Il ne faut pas rejouer cette querelle de chapelle. L’émulation a sauvé des pans entiers de l’histoire vidéoludique de l’oubli. Sans elle, des œuvres auraient disparu des usages réels, coincées entre des cartes mères fragiles, des piles de sauvegarde mortes et des prix de collection absurdes.

Mais la NeoGeo AES+ ne nie pas cette nécessité. Elle propose autre chose : un matériel neuf, prévu pour les téléviseurs actuels, doté d’une sortie HDMI à faible latence et pensé pour éliminer les compromis les plus pénibles de l’usage rétro moderne. Il ne s’agit plus de chercher un convertisseur douteux, de composer avec une image mal calibrée ou de prier pour que son vieux hardware survive à une nouvelle session de Samurai Shodown V Special. Pour qui privilégie la sensation de jeu et la durabilité d’un système moderne, l’argument est réel.
Le point crucial sera la précision d’exécution. Sur une NeoGeo, la moindre latence n’est pas un détail technique réservé aux obsédés du pixel parfait. Elle affecte la garde, les timings de saut, la mémorisation des coups spéciaux et l’intuition même du duel. Un King of Fighters tolère moins l’approximation qu’un jeu de plates-formes contemplatif. SNK et Plaion Replai ont donc pris une décision courageuse : en vantant une expérience matérielle sans émulation, ils ont fixé le niveau d’exigence auquel la AES+ sera légitimement jugée.
La gamme comporte trois modèles. C’est une segmentation très lisible, presque trop lisible : une porte d’entrée, une édition commémorative et un coffret de collectionneur. Le danger serait de présenter ces trois options comme des choix équivalents. Elles ne le sont pas. La Standard donne accès au matériel ; l’Anniversary offre le premier ensemble véritablement cohérent ; l’Ultimate vend la complétude immédiate à un prix qui la place hors de portée de la majorité des joueurs.
| Édition | Prix en Europe | Contenu déterminant | À qui elle s’adresse |
|---|---|---|---|
| NEOGEO AES+ Standard | 199,99 € | Console noire et stick arcade filaire | Aux joueurs déjà décidés à acheter leurs cartouches séparément |
| NEOGEO AES+ Anniversary Edition | 299,99 € | Console « ice white », Metal Slug, Memory Card et stick filaire | Aux amateurs qui veulent une machine immédiatement significative |
| NEOGEO AES+ Ultimate Edition | 899,99 € | 10 jeux, Memory Card, deux sticks, gamepad et coffret spécial | Aux collectionneurs prêts à payer la complétude matérielle |
Mon verdict est net : l’édition Anniversary est la seule proposition raisonnablement défendable pour un passionné qui ne veut pas seulement exposer une boîte sur une étagère. Les 100 € supplémentaires ne financent pas un simple changement de couleur. Ils apportent Metal Slug, une Memory Card et un point d’entrée immédiat dans la machine. La console blanche « ice white » célébrant le 35e anniversaire de la NeoGeo ajoute bien sûr une couche collection, mais le contenu pratique compte davantage que la finition.
La Standard à 199,99 € est plus ambiguë. Elle devient intéressante pour celui qui a déjà planifié ses achats de cartouches et qui veut étaler la dépense. Mais elle risque de rappeler une mauvaise habitude des consoles premium : faire payer le matériel, puis faire découvrir au client que l’expérience complète commence réellement une fois plusieurs achats additionnels effectués. À 80 ou 90 € le jeu, la note grimpe à une vitesse que le public habitué aux promotions numériques a désappris à accepter.
L’Ultimate, elle, ne cherche pas à être raisonnable. À 899,99 €, elle inclut les dix jeux de lancement, une Memory Card, un stick arcade filaire, un second stick sans fil, une manette sans fil et un packaging spécial. Cette édition est moins absurde qu’elle n’en a l’air si l’on valorise séparément les dix cartouches et les accessoires. Mais elle est conçue comme un geste de collectionneur, pas comme une recommandation universelle. C’est un coffret pour celles et ceux qui veulent acheter un morceau de culture NeoGeo sous sa forme la plus concentrée.

Les dix jeux de lancement constituent le test éditorial le plus important de cette opération. Une nouvelle NeoGeo ne peut pas vivre uniquement sur le souvenir vague d’une salle d’arcade et sur le logo SNK. Elle doit démontrer que son catalogue mérite encore une place dans un salon en 2026. Les titres déjà annoncés vont dans le bon sens : Metal Slug, The King of Fighters 2002, Garou: Mark of the Wolves, Big Tournament Golf, aussi connu sous le nom de Neo Turf Masters, Shock Troopers et Samurai Shodown V Special.
Cette liste ne se contente pas d’aligner des icônes. Elle dessine une vraie image de la NeoGeo. Metal Slug apporte l’action immédiatement lisible, l’animation dessinée à la main et l’humour militaire absurde qui ont fait sa popularité. Garou rappelle que SNK savait produire des jeux de combat d’une élégance extraordinaire quand la 2D était déjà déclarée moribonde par les marchands de polygones. Samurai Shodown V Special représente une autre philosophie du duel : moins de frénésie mécanique, plus de tension, de portée et de punition.
The King of Fighters 2002 est peut-être le choix le plus révélateur. Ce n’est pas le jeu que l’on place dans un coffret pour sa seule valeur décorative ; c’est un titre joué, étudié, encore pratiqué par une communauté qui connaît ses systèmes. Quant à Shock Troopers et Neo Turf Masters, ils empêchent la machine de devenir une simple boîte à fighting games. SNK rappelle que son patrimoine est plus vaste que les quarts de cercle et les tournois.
Il reste une limite très concrète : dix jeux, même excellents, ne suffisent pas à créer une ludothèque vivante. Une AES+ réussie devra devenir une plateforme de rééditions régulières, avec une disponibilité claire des cartouches et une qualité de fabrication irréprochable. Si les titres disparaissent vite ou si les réassorts transforment chaque sortie en chasse spéculative, SNK aura recréé le mauvais côté de la NeoGeo historique : l’impression que certains jeux appartiennent d’abord aux collectionneurs avant d’appartenir aux joueurs.
Il faut également saluer un détail que beaucoup de fabricants rétro traitent comme un accessoire facultatif : la AES+ est vendue avec un Arcade Stick filaire, réplique du contrôle associé aux bornes MVS. C’est essentiel. La NeoGeo n’a jamais été définie seulement par son processeur, ses cartouches épaisses ou son logo doré. Elle l’a été par un langage gestuel. Le poids d’un stick, la disposition des boutons et la course du levier font partie intégrante de la mémoire de Fatal Fury, de Art of Fighting et de Samurai Shodown.
Les manettes modernes sont remarquables pour beaucoup de genres, mais elles ont contribué à faire croire que tous les jeux pouvaient être ramenés à la même ergonomie. Ce n’est pas vrai. Un stick arcade n’est pas une relique cérémonielle. Dans un jeu de combat SNK, c’est un outil de lecture, de rythme et de précision. La présence d’un second stick sans fil dans l’Ultimate a donc plus de sens que les gadgets habituellement entassés dans les éditions haut de gamme : elle permet de recréer immédiatement le face-à-face qui est au cœur de la NeoGeo.

J’ai vu trop de retours rétro se perdre dans une confusion volontaire entre patrimoine et spéculation. Un constructeur annonce une édition limitée, les revendeurs gonflent les tarifs, les réseaux s’enflamment, puis le produit devient une photographie d’objet plutôt qu’une machine utilisée. La NeoGeo AES+ est particulièrement exposée à ce risque parce que son histoire est déjà associée à l’inaccessibilité et aux cartouches vendues à prix d’or sur le marché secondaire.
SNK et Plaion Replai doivent donc tenir une ligne simple : faire de la AES+ un produit premium, oui ; en faire une chasse au trésor, non. La différence est considérable. Un produit premium assume son prix, sa qualité et sa disponibilité. Un produit spéculatif s’appuie sur l’opacité des stocks, les éditions artificiellement raréfiées et l’idée que posséder compte plus que jouer. La première voie peut faire vivre durablement un écosystème de cartouches. La seconde dégoûtera très vite les joueurs qui auraient accepté l’effort financier pour retrouver l’arcade chez eux.
Le calendrier laisse à SNK plusieurs mois avant le 12 novembre 2026 pour préciser les caractéristiques matérielles détaillées, les garanties de compatibilité, l’organisation des futures sorties et le suivi de la machine. Ce sont ces éléments, bien plus que la nostalgie de l’annonce, qui décideront de la crédibilité du projet. Une console rétro haut de gamme doit être transparente sur ce qu’elle offre, car elle demande à ses clients un investissement supérieur à celui d’une machine de jeu ordinaire.
La NeoGeo AES+ est une bonne idée précisément parce qu’elle ne prétend pas être la solution universelle au rétro-gaming. Elle ne remplacera ni l’émulation, ni les collections numériques, ni les mini-bornes à bas prix, ni l’AES originale pour les puristes qui possèdent déjà le matériel d’époque. Elle occupe un territoire beaucoup plus spécifique : celui d’une NeoGeo neuve, physiquement assumée, compatible avec les usages contemporains et pensée pour restituer la présence matérielle de l’arcade SNK.
Je ne conseillerai pas la version Ultimate à tout le monde, et je ne prétendrai pas que 80 à 90 € par cartouche est une politique populaire. Ce ne l’est pas. Mais je préfère de loin cette proposition cohérente à une énième boîte en plastique qui promet le passé, livre une liste de ROMs et oublie ce qui faisait la personnalité du hardware. Avec sa sortie HDMI à faible latence, ses puces ASIC, ses cartouches et ses sticks, la AES+ tente de remettre du caractère là où le rétro-gaming se contente parfois de commodité.
Le 12 novembre 2026, SNK ne vendra pas seulement une console. L’entreprise mettra à l’épreuve une conviction que je partage : les grands catalogues du jeu vidéo méritent mieux qu’une survie abstraite dans des interfaces interchangeables. La NeoGeo AES+ sera chère, sélective et sans doute imparfaite. Mais si ses cartouches restent disponibles et si son exigence matérielle est tenue, elle peut devenir ce que tant de produits nostalgiques n’osent plus être : une machine faite pour jouer, pas seulement pour se souvenir.
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