
La fermeture de Midgar Studio ne raconte pas seulement l’échec d’un repreneur trouvé trop tard. Elle expose le coût réel des difficultés de Nacon : lorsqu’un éditeur place un studio en insolvabilité puis en liquidation, ce ne sont pas seulement des postes qui disparaissent, mais une continuité créative, technique et communautaire. Pour Edge of Memories, annoncé pour 2026, le problème n’est plus de savoir si le jeu était avancé : c’est de savoir qui, juridiquement et concrètement, peut encore le terminer.
Fondé en 2008, Midgar Studio s’était construit une identité rare dans le paysage français : celle d’un studio capable de porter des projets ambitieux avec des moyens nettement plus contenus que ceux des grands éditeurs. Après Hover, Edge of Eternity avait donné au studio une visibilité internationale, avec son mélange de JRPG, de science-fiction et de production indépendante à grande échelle.
Nacon a acquis Midgar Studio en 2022. Quatre ans plus tard, la trajectoire se termine par une liquidation, après l’échec des tentatives de vente dans le délai imposé par la procédure. Jérémy Zeler-Maury, cofondateur du studio et CTO de Nacon, a confirmé la fermeture dans une publication LinkedIn : les pistes de reprise ont été explorées, mais aucune solution n’a pu être finalisée à temps.
Le vocabulaire administratif peut donner l’illusion d’un simple changement de structure. Il faut l’appeler par son nom : une liquidation est une rupture. Les équipes, les outils internes, les habitudes de travail et la mémoire technique d’un projet ne passent pas automatiquement à la maison mère ou à un éventuel acquéreur. C’est précisément ce qui rend le sort d’Edge of Memories si délicat, même si le jeu se trouvait à un stade avancé de développement.

Edge of Memories devait prolonger l’univers d’Edge of Eternity dans une formule davantage orientée action-RPG. Le projet avait encore une présence publique, notamment via une activité de démonstration sur Steam, et son calendrier visait 2026. Mais l’existence d’une démo, d’une fenêtre de sortie ou d’un contenu largement produit ne répond pas à la question essentielle : quelle entité détient désormais les moyens, les équipes et la responsabilité de boucler le jeu ?
C’est le schéma classique du projet « presque terminé », l’un des plus trompeurs de l’industrie. Un jeu peut être jouable, présentable et très avancé sans être prêt à passer l’épreuve la plus coûteuse : débogage final, certification, localisation, support des plateformes, correctifs du lancement et service après sortie. Ce sont précisément ces derniers kilomètres qui exigent une organisation stable. Or Midgar Studio n’en a plus.
La question qu’un journaliste devrait poser à Nacon est donc simple : qui porte désormais la responsabilité opérationnelle d’Edge of Memories ? Pas qui possède la licence sur le papier, mais qui finance, produit, teste et maintient le jeu. Tant qu’une réponse concrète n’est pas apportée, la sortie prévue en 2026 reste une intention, pas une garantie.

La fermeture de Midgar intervient après celle de Spiders, autre studio lié à Nacon. Deux cas ne suffisent pas à résumer toute la stratégie d’un groupe, mais ils dessinent un signal préoccupant : lorsque la pression financière atteint les équipes de développement, les projets qui ne sont pas déjà verrouillés deviennent les premières variables d’ajustement.
Le danger n’est pas seulement l’annulation visible, celle qui fait les gros titres. C’est aussi l’érosion silencieuse : moins de mises à jour, un support client réduit, des correctifs repoussés, puis une œuvre qui demeure vendue sans que son suivi ne soit clairement assuré. Les joueurs de Edge of Eternity connaissent déjà le jeu comme une production finie ; ils doivent désormais distinguer le produit disponible de l’écosystème qui permet de le préserver.
Midgar Studio, créateur d’Edge of Eternity, ferme après une liquidation ordonnée faute de repreneur dans les délais. Edge of Memories conserve une cible de sortie en 2026, mais la disparition de son studio rend son achèvement et son suivi impossibles à considérer comme acquis. Le prochain signal déterminant sera une clarification de Nacon sur l’équipe et la structure désormais chargées du projet.
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