
Ce qui compte dans cette série d’annonces n’est pas seulement le retour confirmé de Fallout 5 : Bethesda veut désormais faire fonctionner Fallout comme une franchise à plusieurs voies, capable d’alimenter le présent, de recycler son patrimoine et de préparer son avenir. C’est une correction de trajectoire après des années où un seul jeu principal devait porter toute l’attente. Mais le détail qui tempère l’emballement est limpide : The Elder Scrolls 6 reste la priorité de Bethesda Game Studios. Fallout 5 est en préproduction ; il existe bel et bien, mais il n’est pas près de résoudre la longue attente des joueurs.
Pendant longtemps, le problème de Fallout a été moins son absence que son rythme : une franchise immense, mais suspendue au calendrier très lent de Bethesda Game Studios. La nouvelle feuille de route change cette mécanique. Un épisode principal avance, Obsidian prend en charge un projet séparé, les deux classiques modernes obtiennent des remasters, et Fallout 76 conserve sa place de plateforme active avec Raven Rock.
Le schéma porte un nom : la gestion de franchise par portefeuille. Ce n’est pas une garantie de bons jeux ; c’est en revanche une manière rationnelle d’éviter que l’univers disparaisse entre deux productions géantes. Les joueurs auront, en théorie, plusieurs portes d’entrée : le jeu de rôle solo moderne, le retour de classiques remis au goût du jour et l’expérience persistante de Fallout 76. Bethesda cesse de faire reposer tout l’héritage de la série sur une seule équipe et un seul cycle de développement.
La confusion serait facile : Obsidian a signé Fallout: New Vegas, donc son nouveau projet est immédiatement perçu comme le Fallout que certains espéraient voir remplacer Fallout 5. Bethesda coupe court à cette lecture : il s’agit d’un jeu distinct et non numéroté. Autrement dit, Obsidian ne prend pas le relais de Bethesda Game Studios sur la suite directe ; le studio ouvre une autre branche de la franchise.
C’est néanmoins l’annonce la plus intéressante pour les joueurs qui regrettent les priorités de New Vegas. Un grand RPG à la première personne moderne n’implique pas automatiquement un retour aux systèmes d’écriture, de réputation et de choix à conséquences qui ont fait la force du jeu d’Obsidian. Fallout 4 avait privilégié le tir, la collecte, la construction et des dialogues plus resserrés. La vraie question à poser à Bethesda et Obsidian est donc moins « quel sera le décor ? » que « quelle place laisserez-vous au rôle-play face à l’action ? ».
Le fait que le projet ne soit ni présenté comme un spin-off mineur ni comme un retour au format isométrique fixe toutefois une attente claire : Obsidian doit travailler à l’échelle d’un épisode majeur, avec les codes de jouabilité installés depuis Fallout 3. La nostalgie de New Vegas est un puissant carburant promotionnel ; elle ne doit pas devenir un substitut à une direction de design précise.
Bethesda confirme que Fallout 5 et The Elder Scrolls 6 utilisent Creation Engine 3, avec de nouveaux outils destinés à faciliter le travail en parallèle. C’est un signal industriel important : le studio cherche à éviter que deux mondes ouverts gigantesques se bloquent mutuellement dans la même chaîne de production. Après les coûts, les délais et les restructurations qui ont marqué le secteur, cette capacité de développement parallèle n’est pas un luxe.
Mais un moteur ne tranche ni la qualité de l’écriture, ni la richesse des quêtes, ni la cohérence d’un monde ouvert. Bethesda connaît ce piège : chaque génération technique promet davantage de liberté, tandis que les arbitrages de production peuvent réduire la liberté réellement offerte au joueur. Creation Engine 3 devra donc être jugé sur des résultats concrets, pas sur son numéro de version.
Cette offensive intervient après des licenciements et une restructuration liés à Xbox. Une organisation syndicale a dénoncé des annonces destinées à détourner l’attention de ces suppressions de postes, tout en contestant la manière dont la direction présente les réussites des franchises. L’objection est inconfortable, mais elle mérite d’être posée : une feuille de route plus vaste suppose des équipes, du temps et une stabilité que les grands groupes ont rarement protégés ces dernières années.
Todd Howard insiste sur la collaboration entre Bethesda et Obsidian, loin de la rivalité fantasmée autour de New Vegas. C’est le bon discours. La question opérationnelle, elle, est plus brutale : Xbox donnera-t-il aux deux studios la marge nécessaire pour produire des jeux différents, plutôt que de les enfermer dans une marque devenue trop précieuse pour prendre le moindre risque ?
Bethesda confirme Fallout 5, un nouveau Fallout chez Obsidian, les remasters de Fallout 3 et New Vegas, ainsi que l’extension Raven Rock pour Fallout 76 en 2027. Cette feuille de route révèle une volonté de transformer la série en franchise continue plutôt qu’en rendez-vous décennal. Le point décisif sera la liberté créative accordée à Obsidian et la capacité de Bethesda à faire de Creation Engine 3 autre chose qu’une promesse technique.
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