
Macronix se retire progressivement des mémoires ROM utilisées dans les cartes Nintendo Switch. Le risque porte d’abord sur le coût des prochaines fabrications et les réassorts, plutôt que sur une hausse immédiate de tous les jeux physiques.
Une cartouche déjà en rayon ne coûte pas davantage à fabriquer parce qu’un fournisseur quitte le marché. C’est la prochaine commande qui devient plus délicate. Avec le retrait progressif de Macronix des mémoires ROM — les puces qui stockent les données du jeu sur la carte —, le risque pour les jeux physiques Switch se situe donc d’abord dans les réimpressions et les petits tirages. Une offre moins abondante peut précéder une hausse du prix conseillé. Pour la Switch 2, sa chaîne de fournisseurs ne permet pas de lui appliquer automatiquement le même scénario.
Lors de la présentation des résultats du troisième trimestre 2026, Miin Wu, président-directeur général de Macronix, a expliqué que l’activité ROM arrivait à son terme et que l’entreprise allait progressivement se détacher du jeu vidéo. Le fabricant abandonne les nouveaux développements ROM et réoriente ses capacités vers d’autres mémoires, notamment NOR et NAND, utilisées entre autres dans les centres de données.
Les chiffres donnent la logique de cette décision : les ROM ne représentent plus que 5 % du chiffre d’affaires trimestriel de Macronix, avec un recul annuel de 39 %. Sur la même période, les revenus des mémoires NOR progressent de 158 % et ceux des NAND de 768 %. Pour le fabricant taïwanais, le centre de gravité commercial a changé.
C’est une réallocation de capacité industrielle, pas une disparition de la demande de cartouches. Le problème pour Nintendo et les éditeurs est précisément là : un composant peut rester essentiel à leur produit tout en devenant secondaire pour celui qui le fabrique. Remplacer le fournisseur suppose de trouver des capacités disponibles, aux volumes et aux conditions nécessaires.

Macronix fournit des ROM utilisées dans les cartes de la Switch originale. La chaîne d’approvisionnement des cartes Switch 2 comprend notamment ROHM et ne se confond pas avec celle de sa devancière. Le retrait de Macronix ne permet donc pas de déduire un choc identique pour les deux générations.
Les déclarations de Shuntaro Furukawa sur l’approvisionnement en mémoire de la console ne règlent pas non plus la question des cartouches. Le président de Nintendo indique que l’entreprise prévoit de disposer de suffisamment de RAM, la mémoire de travail du matériel, et que sa situation n’a pas connu de dégradation majeure. Cela concerne la fabrication des consoles ; cela ne détaille ni les stocks de ROM pour les jeux, ni les contrats destinés à remplacer Macronix.
La distinction est simple : Macronix quitte une activité de composants ; les joueurs subiront éventuellement les conséquences sur les commandes de cartouches. Entre les deux interviennent les stocks de puces, les cartes déjà fabriquées et les conditions des prochains contrats. La date du retrait industriel n’est donc pas, à elle seule, une date de rupture en magasin.

Le coût de fabrication d’une cartouche Switch se situe généralement autour de 12 à 15 dollars, avant la distribution, la marge de l’éditeur et la TVA. Cet ordre de grandeur n’est ni le prix de la seule puce ROM ni un tarif uniforme pour toutes les éditions. Une hausse du coût des puces ne se répercute donc pas mécaniquement à l’identique en magasin : Nintendo ou l’éditeur peuvent absorber une partie du surcoût, modifier les volumes ou changer de fournisseur.
Les petits tirages et les réimpressions tardives sont néanmoins plus exposés : ils bénéficient de moins d’économies d’échelle. Cela concerne notamment une nouvelle fabrication d’un jeu tiers ancien, un portage publié tardivement en boîte ou une édition physique destinée à un public restreint. Un éditeur peut alors renoncer à un nouveau lot plutôt que relever son prix catalogue. Pour le joueur, cela se traduirait par un réassort absent ou espacé, éventuellement avant toute augmentation générale.
Les grandes sorties Nintendo fabriquées en volumes élevés disposent généralement d’un meilleur pouvoir de négociation et de prévisions de production plus longues. Elles ne sont pas à l’abri d’une hausse des composants, mais leur économie n’est pas celle d’une réimpression de niche.
Sur Switch 2, la carte clé de jeu, ou Game-Key Card, constitue déjà un format distinct : elle permet de télécharger le jeu au lieu d’en contenir toutes les données. Elle réduit les besoins de stockage sur la carte, mais impose un téléchargement et de l’espace disponible sur la console ou sa carte mémoire compatible. Ce format peut présenter un intérêt économique pour un éditeur ; le retrait de Macronix ne permet toutefois d’annoncer le basculement d’aucun titre vers une carte clé.

Au 6 novembre 2026, aucune hausse du prix public des jeux physiques n’est annoncée en lien avec ce retrait. L’annonce seule ne justifie donc pas un achat précipité. Pour une édition recherchée, les changements utiles à suivre concernent surtout son prochain lot de fabrication et ses conditions de distribution.
Pour attribuer précisément l’un de ces changements à Macronix, il faudrait que Nintendo ou l’éditeur établisse ce lien dans ses explications sur la fabrication ou la distribution. Sans cela, un retard ou une rupture reste un signal de disponibilité, pas une preuve de sa cause.
Le risque le plus concret concerne la prochaine réimpression d’un jeu Switch à faible volume, pas une augmentation instantanée de toutes les boîtes en rayon. Les stocks et les nouvelles conditions de commande détermineront si le retrait de Macronix se traduit d’abord par moins d’exemplaires, des réassorts plus lents ou des prix plus élevés. Pour la Switch 2, ni un choc équivalent ni un recours accru aux cartes clés ne découlent automatiquement de cette annonce.
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