Capcom ne peut plus ignorer Devil May Cry : après Pragmata, il faut un nouveau DMC

Capcom ne peut plus ignorer Devil May Cry : après Pragmata, il faut un nouveau DMC

Capcom n’a plus d’excuse pour laisser Devil May Cry dormir

Je vais être direct : si Capcom sort de 2026 sans avoir annoncé un nouveau Devil May Cry – suite ou remake intégral – ce sera une faute stratégique, pas un simple rendez-vous manqué avec les fans. Avec Pragmata qui arrive le 17 avril 2026 et un Summer Game Fest juste derrière, la fenêtre est idéale. Et Capcom n’a plus le luxe de laisser l’une de ses rares licences d’action ultra-identifiées végéter dans le silence.

Je dis ça en revenant tout juste d’un nouveau run complet de Devil May Cry 5. Sorti en 2019, vendu à plus de 8 millions d’exemplaires d’après les chiffres publiés en 2024, c’est l’un des meilleurs jeux d’action de sa génération. Techniquement, artistiquement, mécaniquement, tout y respire une maîtrise que peu d’éditeurs peuvent revendiquer. Et pourtant, sept ans plus tard, rien. Pas de suite annoncée, pas de remake ambitieux, à peine un statut de « core IP » glissé dans les slides investisseurs.

Quand on couvre Capcom depuis l’époque où le mot « stylish » n’était qu’une annotation de designer sur un document de game design, on voit le pattern venir de loin. L’éditeur sait capitaliser sur ses licences… mais il a aussi la fâcheuse tendance à laisser certaines d’entre elles au frigo jusqu’à frôler l’oubli. Onimusha revient, Resident Evil truste l’actualité, Monster Hunter continue d’engloutir des centaines d’heures de nos vies. Et Devil May Cry ? Rien depuis 2019.

À ce stade, ce n’est plus juste une question de nostalgie de fan. C’est un vrai sujet de stratégie éditoriale.

DMC5, sept ans plus tard : un succès laissé en plan

Devil May Cry 5, je l’ai vécu à la loupe à son lancement. À l’époque, on sortait d’une période compliquée pour le beat’em up 3D. La mode était aux jeux-service, aux open worlds tentaculaires, aux expériences « live ». Capcom, lui, revenait avec un pur jeu d’action à l’ancienne, mais poli au laser : trois protagonistes jouables, un système de combat d’une profondeur délirante, une direction artistique assumée et un moteur maison (RE Engine) qui tournait comme une horloge.

Le marché a répondu présent. Plus de 8 millions d’unités vendues, ce n’est pas un succès de niche, c’est un pilier. Surtout pour un jeu qui ne repose ni sur du multijoueur récurrent, ni sur un modèle free-to-play. C’est du premium pur jus, vendu une fois, soutenu par un bouche-à-oreille enthousiaste et par une fanbase qui existe depuis la PlayStation 2.

Et pourtant, le récit de DMC5 est resté en suspens. Sans spoiler dans le détail pour ceux qui auraient pris leur temps : la trajectoire de Dante et Vergil à la fin du jeu ouvre explicitement la voie à une suite. Le statut de Nero, son héritage, ce que ça implique pour l’équilibre de la famille Sparda et pour l’univers tout entier… Tout est posé comme un tremplin narratif, pas comme un point final.

Ce n’est pas un cas où l’histoire boucle la boucle et où une suite serait un bonus sympathique. C’est une situation où la licence laisse volontairement des portes grandes ouvertes. Le casting est en place, la technologie aussi, le public a répondu, et malgré ça, Capcom laisse la poussière s’accumuler sur l’une de ses meilleures fondations modernes.

C’est précisément pour ça que la fenêtre qui s’ouvre avec Pragmata est trop belle pour être gâchée.

Pendant ce temps, Resident Evil occupe tout l’oxygène

Je ne vais pas faire semblant d’être surpris par le tropisme Resident Evil de Capcom. Après RE7, l’éditeur a trouvé la formule miracle : une alternance de remakes très soignés (RE2, RE4) et d’épisodes principaux performants (Village), le tout porté par un moteur interne qui amortit son investissement sur chaque nouvelle production.

Économiquement, c’est brillant. Mais l’histoire du jeu vidéo est pleine d’éditeurs qui ont tiré trop longtemps sur une corde, aussi dorée soit-elle. Quand tout votre calendrier majeur ressemble à une déclinaison de la même franchise, vous fabriquez la fatigue à moyen terme. Et surtout, vous laissez un espace immense à la concurrence pour occuper d’autres segments.

Or Devil May Cry n’est pas juste « une autre licence Capcom ». C’est, avec Bayonetta, l’archétype du character action game moderne. Une niche, certes, mais une niche qui s’est élargie ces dix dernières années grâce à l’essor des jeux d’action exigeants, des Souls-like aux combat systems sophistiqués. Les joueurs qui étaient autrefois « trop casu » pour jongler entre les styles de Dante se retrouvent aujourd’hui à maîtriser des parades parfaites dans des boss rushs punitifs.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil

En clair : le marché est plus prêt que jamais pour un nouveau DMC. Il y a une génération entière de joueurs PC et consoles modernes (PS5, Xbox Series X/S) qui ont découvert la licence avec DMC5, parfois même via le Game Pass ou des promos Steam, et qui n’ont aucun attachement nostalgique aux volets PS2 mais une faim réelle pour plus de gameplay de ce calibre.

Capcom, lui, a continué à rallumer ses vieilles gloires ailleurs. Onimusha a eu droit à son retour, même timide. Resident Evil ne s’est jamais aussi bien porté. Mais quand il s’agit de l’une des licences les plus identifiées à l’ADN de « stylish action », la maison reste étrangement silencieuse.

Pragmata ouvre une fenêtre idéale pour le retour de DMC

Pragmata, maintenant. Annoncé comme une nouvelle IP ambitieuse, repoussé plusieurs fois puis finalement avancé au 17 avril 2026 en sortie mondiale (une semaine plus tôt que prévu initialement), le jeu est clairement positionné par Capcom comme son grand titre d’action SF de l’année. Le studio pousse fort : démo Sketchbook sur Steam aux Game Awards 2025, extension aux consoles en février 2026 avec sauvegarde transférable, communication multiplateforme calibrée.

En d’autres termes : Capcom est en train de rappeler au monde qu’il sait encore faire de l’action ambitieuse en dehors de Resident Evil. Très bien. Mais une nouvelle IP, aussi prometteuse soit-elle, reste un pari. Les ventes de lancement de Pragmata seront scrutées par les actionnaires, les analystes, les concurrents. Et c’est précisément là que Devil May Cry doit entrer en scène.

Le scénario idéal pour Capcom est limpide : Pragmata sort, fait parler de lui, montre que le studio sait encore concevoir des combats nerveux et une mise en scène spectaculaire. Dans la foulée, au lieu de laisser cette dynamique retomber, l’éditeur verrouille le discours en s’auto-proclamant « maître de l’action stylisée » pour la génération en cours. Comment ? En annonçant, dans la fenêtre post-lancement de Pragmata, un nouveau Devil May Cry.

L’un nourrit l’autre. Pour le grand public, Pragmata devient le « nouveau Capcom d’action futuriste », tandis que DMC représente la valeur sûre, la série de référence qui rassure et donne une colonne vertébrale à la stratégie. Pour les joueurs exigeants, le message est encore plus clair : Capcom ne se contente pas de faire revivre ses vieilles gloires horrifiques, il investit aussi dans le futur du beat’em up 3D.

Suite directe ou remake : les formats qui ont du sens

La vraie question, ce n’est pas « faut-il un nouveau DMC ? », c’est « sous quelle forme ? ». En regardant ce que Capcom a réussi sur Resident Evil, plusieurs pistes s’imposent.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
  • Option 1 : Devil May Cry 6, suite directe de DMC5. C’est le mouvement le plus logique sur le plan narratif. On reprend Nero, Dante, Vergil, on assume le cliffhanger, on pousse le RE Engine encore plus loin sur PC, PS5 et Xbox Series X/S, on modernise certaines vieilles mécaniques (caméra, lisibilité pour les nouveaux venus) sans sacrifier la profondeur. Risque : il faut un véritable saut générationnel pour ne pas donner l’impression d’un « DMC5,5 » à 80 €.
  • Option 2 : un remake intégral du premier Devil May Cry. Capcom a montré qu’il sait réinventer ses classiques avec les remakes de RE2 et RE4. Appliquer la même approche au DMC fondateur – revoir le level design, étoffer le scénario, remanier certains combats tout en respectant l’esprit – serait un moyen puissant de reconnecter une nouvelle génération à l’origine de la saga. Risque : la comparaison avec la mémoire idéalisée des fans PS2 sera féroce.
  • Option 3 : un projet hybride. Par exemple, un Devil May Cry: Rebirth (le nom importe peu) qui puiserait dans les arcs narratifs de DMC1 et DMC3, les reconfigurerait à la façon d’un remake-remix, en utilisant la Dante et le Vergil « modernes » tels qu’ils existent depuis DMC5. Risque : perdre les puristes tout en embrouillant les nouveaux venus.

Honnêtement, Capcom a déjà prouvé qu’il sait gérer toutes ces options sur Resident Evil. L’argument « c’est trop risqué de toucher au canon » ne tient plus dès lors qu’on assume une direction claire. DMC5 a ouvert une voie pour une suite, mais si la stratégie interne juge plus pertinent de reposer les bases avec un remake, je ne crois pas que le public bouderait son plaisir si le projet est à la hauteur.

L’essentiel, c’est le signal. Quand Capcom a officiellement classé Devil May Cry dans ses « core IP » en décembre dernier, on a tous compris le message : la série n’est plus un satellite, c’est censé être un pilier. Un pilier, ça se concrétise par des projets annoncés, pas seulement par une ligne dans un rapport aux actionnaires.

Pourquoi le Summer Game Fest est le théâtre parfait

Le calendrier, maintenant. Pragmata sort mi-avril. Les premières semaines de ventes, les retours critiques et le buzz communautaire vont tomber pile avant le Summer Game Fest, devenu de facto le moment clé des annonces multiplateformes pour les grands éditeurs.

C’est précisément là que Capcom doit frapper. Pas dans un Spotlight isolé, pas dans une conférence technique fermée, mais sur une scène où les joueurs PC, Xbox et PlayStation sont tous à l’écoute – sans la dilution d’un E3 qui n’existe plus. Un teaser court, maîtrisé, suffit : un logo Devil May Cry, quelques secondes de Dante/Nero/Vergil, une promesse claire (« nouvel épisode canonique » ou « remake intégral du premier DMC »), une fenêtre de sortie indicative.

Le bénéfice est triple :

  • Capcom capitalise sur la traction de Pragmata. « Vous aimez notre nouveau jeu d’action SF ? Rappelez-vous aussi que nous sommes les créateurs de Devil May Cry, et qu’il revient. »
  • La communauté DMC sort enfin du flou. Sept ans de silence, c’est long. Un simple « On y travaille » officiel, illustré, suffit à relancer chaînes YouTube, theorycraft, fan art, discussions presse. C’est du marketing organique à coût minimal.
  • Les actionnaires voient une trajectoire claire. Nouveau pari (Pragmata) + exploitation d’une licence éprouvée (DMC) = équilibre sain. Ça rassure sur l’allocation des ressources, surtout à un moment où Capcom pousse aussi sur le multiplateforme, Switch 2 incluse.

Ce que je redoute, parce que je l’ai trop souvent vu, c’est le scénario inverse : un très bon Pragmata qui sort, une communication qui retombe après deux patchs, et un Capcom qui revient à son réflexe pavlovien « un nouveau Resident Evil pour 2027 », sans articuler un vrai plan pour le reste de son catalogue.

« Capcom doit choisir ses batailles » ? Justement.

On me rétorquera que les équipes ne sont pas infinies, que produire un DMC6 ou un remake digne de ce nom demande des années-hommes considérables, et que Capcom ne peut pas tout faire à la fois. C’est vrai. Mais c’est précisément pour ça qu’il faut choisir ses batailles intelligemment.

Sur le spectre risque/rendement, un nouveau Devil May Cry est l’une des meilleures équations que Capcom ait sous la main :

  • Risque contenu : la technologie (RE Engine) existe, l’équipe a l’expertise, le public a déjà prouvé son appétit avec DMC5 à plus de 8 millions d’exemplaires.
  • Identité forte : DMC ne se confond avec aucun autre jeu sur le marché. Même aujourd’hui, peu de titres proposent ce niveau de liberté et de profondeur dans le combat stylisé.
  • Synergie avec le reste du catalogue : entre RE, Onimusha, Monster Hunter et Pragmata, Capcom couvre déjà l’horreur, le samouraï, le coop de chasse et la SF. DMC vient cimenter le segment « action pure stylisée ».

La vraie prise de risque, ce serait de laisser ce segment aux autres. De laisser la place à des concurrents – occidentaux ou japonais – pour poser leur propre série de référence dans le character action pendant que Capcom regarde ailleurs. J’ai vu Sega faire ça avec certaines de ses licences historiques, j’ai vu Konami abandonner des pans entiers de son identité. Ce n’est pas une fatalité, mais c’est une pente glissante.

Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil
Screenshot from Devil May Cry 5: Deluxe Edition + Vergil

Devil May Cry est une des rares séries pour lesquelles Capcom bénéficie à la fois d’un capital de confiance massif chez les joueurs exigeants et d’un historique de ventes solide. Continuer à traiter la licence comme un bonus que l’on ressort quand on a « du temps » est, à ce stade, un contresens.

Si Capcom rate cette fenêtre, on perd plus que du fan service

Soyons clairs : si rien n’est annoncé en 2026, Devil May Cry ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Mais l’inertie a un coût. Chaque année sans nouvelle, c’est une partie du public qui se détourne, une partie des talents internes qui se projette sur d’autres licences, une partie du discours médiatique captée par d’autres acteurs.

Et il y a aussi une dimension symbolique. Quand Capcom a remis Resident Evil au centre de sa stratégie, ce n’était pas seulement pour les ventes – c’était aussi une manière de dire : « voici ce que nous voulons être, en tant que créateur ». Faire la même chose avec Devil May Cry maintenant serait un signal fort : l’éditeur ne se contente pas d’exploiter un filon horrifique lucratif, il croit encore en sa capacité à leader le jeu d’action pur.

Pour les joueurs, ce n’est pas anodin. Les jeunes qui ont découvert DMC5 sur PC à 60 fps en 2020-2021 ont une attente, même implicite : que ce niveau d’exigence redevienne une norme, pas une parenthèse. Pour les vétérans qui ont connu le premier DMC sur PS2, voir la série retrouver l’avant-scène dans une version moderne, assumée, serait un rappel que notre médium sait aussi entretenir sa propre histoire sans la figer dans des compilations HD.

Verdict : après Pragmata, l’heure de Devil May Cry doit sonner

Capcom est dans une position de force rare. Le RE Engine tourne sur toutes les machines pertinentes, de la PS5 au PC en passant par les Xbox Series. Resident Evil vend par camions. Monster Hunter reste un monstre à part. Pragmata s’avance comme le grand pari SF d’action de 2026, avec une démo déjà dans les mains des joueurs et un lancement avancé, signe que l’éditeur croit en son bébé.

C’est précisément dans ces moments-là qu’un grand éditeur montre s’il sait penser au-delà du prochain bilan trimestriel. Annoncer, dans la foulée de Pragmata et à l’occasion du Summer Game Fest, un nouveau Devil May Cry – qu’il s’agisse d’un DMC6 assumant l’héritage de DMC5 ou d’un remake intégral du volet fondateur – serait plus qu’un cadeau aux fans. Ce serait une déclaration de stratégie claire :

« Oui, Resident Evil reste notre locomotive. Mais nous croyons aussi en nos licences d’action, et nous allons les traiter comme des piliers, pas comme des curiosités intermittentes. »

En tant que journaliste qui a vu passer toutes les modes, du beat’em up 2D des salles d’arcade aux mondes ouverts tentaculaires d’aujourd’hui, je peux le dire sans trembler : le médium a besoin de séries comme Devil May Cry autant que Capcom a besoin de sa propre vitrine d’action stylisée. La fenêtre est là, les chiffres sont là, l’envie est là. À Capcom maintenant de montrer qu’il sait encore reconnaître quand un démon frappe à sa porte avec insistance.

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Lan Di
Publié le 17/03/2026
13 min de lecture
Dossier Jeux Vidéo
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