
Activision vend la nostalgie au prix fort. Les ports PlayStation 5 de Call of Duty: Black Ops et Black Ops II sont listés à 40 € l’unité – 80 € les deux – et ce n’est que le début de l’addition. Si l’éditeur maintient la tarification historique des contenus additionnels, l’expérience complète frôle les 160 € pour des versions adaptées de leurs équivalents PlayStation 3, sans remaster graphique ni fonctionnalités next-gen dignes de ce nom. Derrière l’annonce se cache un test de résistance : jusqu’où le public est-il prêt à payer pour réaccéder à son passé sans véritable travail de restauration ?
Vendre un jeu de 2010 et un jeu de 2012 quarante euros pièce, c’est adopter la fourchette haute du marché des rééditions. Pour comparaison – et je ne parle pas de soldes —, les collections remastérisées complètes d’autres franchises majeures proposent souvent trois ou quatre titres refondus pour un prix équivalent, voire inférieur. Ici, Activision fractionne : pas de bundle annoncé, pas de saison qui justifie un investissement groupé. Juste deux fiches séparées, deux paiements distincts, et un message implicite : la licence Call of Duty est un premium éternel, quelle que soit l’ancienneté du produit. C’est une politique de prix qui ne se justifie pas par l’investissement technique — puisque l’éditeur lui-même écarte l’étiquette « remaster » —, mais par la captation d’une demande nostalgique jugée inélastique.
Le vrai coup de pression arrive au moment de faire les comptes. Les DLC individuels sont listés à 10 € chacun. Le Season Pass de Black Ops II grimpe à environ 28 €. Additionnés aux deux jeux de base, ces contenus — pourtant vieux de dix à quinze ans — portent l’investissement total à plus de 140 €. Si l’on y incorpore les packs de personnalisation historiques, on atteint sans peine les 160 €. À ce prix-là, on achète non pas deux ports, mais une démonstration de force commerciale : la rétro-monétisation appliquée à un catalogue sans date de péremption. L’industrie observe. Si ce modèle passe sans frictions, il deviendra la norme pour tout back catalogue AAA dont les droits sont concentrés entre quelques mains.

La question que pose tout joueur raisonnable — et que l’équipe communication évite soigneusement — est simple : que contient exactement la version de base ? Les cartes multijoueur historiques sont-elles toutes là ? Les modes Zombies intacts ? Ou faut-il passer à la caisse à chaque couche de contenu ? L’absence de transparence totale sur la granularité des achats n’est pas un oubli ; c’est une tactique. Un client qui hésite entre la version « simple » et l’expérience « complète » est un client plus susceptible de cliquer sur « ajouter au panier » par peur de manquer quelque chose.
Activision n’a pas utilisé le mot « remaster ». Il a parlé de versions « adaptées à PlayStation ». Dans notre jargon, cela signifie une compatibilité technique, probablement via une couche d’émulation ou une adaptation légère, sans refonte des assets, sans reconstruction des éclairages, sans 120 Hz natif ni exploitation du SSD de la PS5 pour des temps de chargement réinventés. C’est du PS3 qui tourne sur PS5, point final. La différence avec un remaster comme ceux que nous avons vu sur d’autres licences — travail d’upscaling, révision des textures, ajout de fonctionnalités modernes — est fondamentale. Elle justifierait, sinon le prix, du moins une partie de l’investissement demandé. Ici, on nous demande de payer le prix fort pour une porte d’entrée technique minimale. Ce n’est pas une réédition ; c’est une relocation.

Trois éléments décideront si ce lancement est une simple opération de rappel ou un précédent gravé dans le marbre. Premièrement, la liste définitive des contenus inclus dans chaque port de base : si des cartes multijoueur essentielles ou des chapitres Zombies sont absents, le prix de 40 € devient une escroquerie intellectuelle. Deuxièmement, la politique de rétrocompatibilité des achats : les joueurs qui ont déjà acheté ces DLC sur PlayStation 3 devront-ils les racheter ? Si oui, c’est une rupture de confiance majeure. Troisièmement, l’évolution des ventes : si ces ports se vendent malgré tout à ce tarif, préparez-vous à voir d’autres éditeurs appliquer la même méthode à leurs trésors d’archives. L’industrie du jeu vidéo n’a jamais été avare de bonnes idées pour facturer deux fois la même chose.
TL;DR — Activision porte Black Ops et Black Ops II sur PS5 à 40 € chacun, mais l’expérience complète avec les DLC historiques dépasse 140 €, voire 160 €. Ce ne sont pas des remasters, juste des adaptations de versions PS3 sans fonctionnalités next-gen avancées. Ce qui justifiera — ou non — ce modèle, c’est la transparence sur les contenus inclus et le traitement réservé aux anciens acheteurs de DLC.
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